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Chacun sa part

Imaginons que la relation entre deux personnes = 100%. 

 

Chaque partie prenante a sa part pour que la relation fonctionne, c’est-à-dire 50% chacun. Nous avons donc chacun sous notre responsabilité 50% de la relation, soit la moitié du fonctionnement de la relation. 

Je choisis de ne pas dire “bon fonctionnement”, parce que nous oublions souvent que la relation n’est pas que bonne. En effet, être dans une relation conflictuelle ou platonique est tout de même une relation, même si nous aurions tendance à la qualifier de négative ou mauvaise.

Surtout cette théorie des 50/50 s’applique à toutes les relations amicales, d’amour, de management, de collaboration, de coopération, de frères et soeurs, de parents et d’enfants, etc. Elle nous intéresse particulièrement quand la relation est au coeur de notre mission, car elle peut devenir un outil d’ “évaluation” de la relation, et nous fournir des indications pour nous adapter et agir à bon escient.

 

Quand tout va bien, nous ne nous posons pas de questions.

Il n y a pas de raison. 

C’est quand la relation ne fonctionne pas, ne démarre pas, ou ne prend pas, que cela devient plus complexe…

Et c’est là que cette histoire de part commence à devenir intéressante ! 

 

Quand la relation ne va pas, nous pouvons interroger notre part…

 

En effet, nous pouvons regarder à la loupe nos 50%, nous poser des questions et y trouver des réponses, nos propres réponses. 

  • Que se passe-t-il de mon côté ?
  • Est-ce que j’ai du mal à entrer en relation avec cette personne ?
  • Pourquoi ai-je du mal à entrer en relation ou à bien vivre cette relation ?
  • Quel est mon ressenti quand je suis en présence de cette personne ? Que me rappellent ces émotions ?
  • Ai-je envie que cette relation fonctionne ?
  • Est-ce une relation positive pour moi, c’est-à-dire qui génère du bien ou du bon pour moi ? Ou est-ce une relation négative, c’est-à-dire qui génère de la peine, de l’irritation ou de la douleur ?
  • Est-ce que cette personne me fait penser à quelqu’un de mon présent, de mon passé ?
  • Et si nous nous rencontrions dans un autre contexte, pourrions-nous nous entendre ? 

Cette liste de questions n’est pas exhaustive ! D’autres interrogations peuvent compléter celles-ci, elles seront de toutes façons toutes bonnes à prendre.

Se poser la question de ce qui se passe dans sa propre part permet d’identifier les freins, les obstacles, les difficultés à “aller vers”, à entamer cette relation ou à la vivre. 

 

La part de l’Autre

Toutefois, si la réponse aux premières questions est

“Je n’ai pas de souci pour entrer en contact avec cette personne, pour créer du lien, pour être en sa présence”

et que la relation ne fonctionne pas comme vous l’espériez, alors, il y a de fortes chances que les freins / obstacles / difficultés se situent dans la part de l’Autre, dans ses 50%.

Auquel cas, nous pouvons interroger la part de la personne avec qui la relation est tourmentée. Mais attention, quand nous faisons cette démarche, nous devons avoir en tête qu’il s’agira de nos propres interprétations et de nos projections qui ne constituent pas des vérités ! Ou encore, nous pouvons envisager des réponses auxquelles nous ne nous attendions pas, et qui, cela peut arriver, nous surprendront positivement ou négativement. 

Tous ces éléments trouvés peuvent au mieux être des indicateurs pour permettre de nous replacer dans la relation, de changer notre façon d’approcher la personne, d’ajuster notre comportement à la situation. 

 

Vous allez me dire :

“Ok ! mais une fois que j’ai répondu à tout cela, qu’est-ce que je vais faire ?”

 

Nous avons devant nous quatre possibilités :

  • la première : nous prenons la mesure de ce qui se passe pour nous

    (dans notre partie), et nous identifions les actions à mettre en place pour (r)établir la relation. Il y a plusieurs options possibles : pardonner, dire ce que nous ressentons/percevons, partager notre perception de ce qui se passe ou ne se passe pas d’ailleurs (!), utiliser le processus de communication non violente pour exprimer une demande à la personne,…

  • la seconde : nous identifions pour nous-même des obstacles plus lourds à franchir.

    Par exemple : cette relation nous parle de notre passé ou d’autres relations, des blessures se réveillent/révèlent en présence de cette personne, les émotions ressenties sont envahissantes ou paralysantes même à toute petite ampleur.

    Dans ce cas, il est important d’en parler avec une autre personne : un.e ami.e, un.e psychologue, un.e collègue, sa compagne ou son compagnon. Pour les créateurs de lien qui ont accès à ce type d’espace, nous pouvons aborder cette relation en relecture de pratiques (quand nous nous sentons suffisamment sécurisé.e.s pour en parler en groupe) ou à un.e superviseur.se. Ainsi, une fois, les mots posés nous pouvons prendre les dispositions qui nous protégeront et protègeront la personne de ces difficultés.

  • la troisième : nous identifions que les obstacles se situent dans les 50% de la personne avec qui nous sommes en lien.

    Alors, nous pouvons chercher, si à notre mesure, nous avons la possibilité d’agir dans nos 50% pour (re)mettre du lien dans la relation. Selon la situation, cela peut passer par s’excuser, demander pardon, dire ce que nous ressentons/percevons et vérifier avec la personne s’il s’agit de cela ou d’autre chose. Nous avons aussi l’option d’adapter notre comportement en étant plus discrèt.e ou au contraire en prenant un peu plus les devants.
    Il est tout aussi possible que nous ayons l’impression (sincère) que nous faisons notre part pour que la relation vive au mieux, alors nous n’avons pas le choix que de laisser la personne faire son chemin dans sa partie, et rester présents à la place qui nous semble adéquate. Dans cette situation (peut-être plus intensément encore que dans les autres possibilités), nous acceptons et laissons le temps faire son œuvre.

  • la quatrième : nous comprenons que cette relation ne peut pas démarrer ou se déployer,

    dans notre part ou dans la part de l’Autre. Cette relation ne peut pas exister car elle fait du mal (au moins pire) ou devient destructrice (au pire) pour l’une, l’autre ou les deux des parties.

    Tout comme la relation s’est ouverte, nous avons la possibilité de la fermer en faisant le moins mal possible. Dans l’action sociale, cela peut se traduire par un changement de référent dans le cas d’un accompagnement, et dans la vie de tous les jours par avoir une discussion simple qui explique les raisons pour lesquelles nous prenons un peu nos distances.

 

Dans tous les cas, l’expérience montre qu’il est toujours préférable de prendre les devants que de laisser les relations se déliter ou exploser. 

 

“Est-ce qu’on peut agir sur la part de l’Autre ?”

C’est une question que j’ai très souvent en formation quand j’explique cette façon d’observer la relation. 

Oui, la troisième possibilité – celle où les obstacles/ freins / difficultés se situent dans la part de l’Autre -, nous invite à faire une action dans notre part (pardonner, s’excuser, ou encore parler), et qui a (le plus souvent) un impact dans la partie de l’Autre. 

Nous pouvons avoir confiance dans le fait que tout pas vers l’Autre, initié dans la bienveillance et dans une intention positive, aura un effet sur ce qui se passe pour la personne et fera bouger des choses pour elle dans sa part, dans ses 50%. 

Mais attention ! Les effets peuvent ne pas être visibles et surtout ne nous appartiennent pas !

 

« Aller vers » c’est faire un bout du chemin

 

Pour les créateurs de lien, il m’apparaît clairement, que la démarche d’ “aller vers” est un pas dans la part de l’Autre, un pas pour créer la relation. Si nous ne faisons pas ce pas, la relation n’existera pas, et la personne restera dans son chez elle, sur son bout de trottoir, dans sa souffrance physique ou morale, ou à une table de l’accueil. 

Oui, “aller vers”, c’est faire un bout du chemin : aller chercher l’Autre un peu dans sa partie, un peu dans ses 50%. Si on pousse cette métaphore, j’ai presque envie de dire qu’on ne peut pas aller au delà des 60% en regardant la relation de notre côté. 

Mais ce n’est pas faire tout le chemin.
En revanche, il n’est pas du tout recommandé de faire tout le chemin pour l’Autre, car cela devient intrusif, et empêche la personne d’agir en pleine liberté.

 

Voici les raisons pour lesquelles j’utilise cette théorie des 50/50

pour comprendre les relations que je construis et aussi ce pourquoi je la partage sans hésiter ! Cette théorie

  • est utile pour interroger la relation, la regarder, l’évaluer (au sens de “poser un regard sur”) et adapter ma posture,
  • peut ouvrir sur de nouvelles voies quand je vis une difficulté,
  • me permet de me détendre (!) particulièrement pour les relations qui ne fonctionnent pas : réaliser que la responsabilité du fonctionnement d’une relation est partagée est apaisant et déculpabilisant. 

 

Et toi ? Qu’est-ce que tu as envie de retenir de cet article ? Est-ce que cela t’éclaire sur des situations ou des relations que tu vis ou que tu as vécu ?

 

N’hésite pas à partager en commentaire ou à m’écrire pour me raconter de quoi tout cela te parle ! 

 

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