Donner et recevoir une histoire de vase communicant
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Donner et recevoir : une histoire de vases communicants

 

Fréquentant le monde associatif depuis 20 ans, et beaucoup plus assidûment depuis 12 ans, je peux dire sans trop m’avancer que la première raison de l’engagement bénévole ou professionnel prend sa source dans ce que les personnes estiment avoir reçu de la vie, de leurs familles, de leurs milieux, de leurs rencontres, etc.


Ce constat vient des – vraiment très ! – nombreux tours de groupe où j’ai pu (comme tous les autres présents) m’exprimer sur

“Pourquoi je suis là ?”

A cette question, dans un groupe de personnes engagées, vous pouvez être sûr.e que plus de la moitié des participants répondront 

“Parce que j’ai beaucoup reçu, il est temps pour moi de donner.”

 

Au début d’un engagement, le vase est plein.

Nous sommes PLEIN (!) de …
… cet amour reçu.
… être né.e là “au bon endroit – au bon moment” pour certains.
… être tombé.e sur les bonnes personnes pour d’autres.
… une forme de chance au moins ressentie qui nous permet de nous sentir riche de quelque chose.

Et quand nous sommes riches, on peut avoir envie d’amasser par peur de manquer un jour, mais on a aussi souvent un élan naturel pour le don. 

Le début d’un engagement est souvent une période où nous donnons sans compter. La vague est d’ailleurs tellement belle/ intéressante / motivante que nous ne ressentons pas de fatigue. 

 

Un peu plus tard, le vase se vide

Nous continuons de donner sans compter, mais nous commençons à ressentir un essoufflement à force de donner, de capter quelques retours, et de donner encore. La coupe se vide. Nous sommes moins riches. Nous avons un peu moins d’envie, moins d’élan. Il peut y avoir une lassitude aussi, de ne pas avoir l’impact qu’on aurait aimé avoir, de ne pas voir de différence avec le début, de ne pas créer autant de liens que ce qu’on aimerait, …

En effet, en rentrant de nos engagements, nous sommes toujours contents, mais par contre nous traînons de plus en plus souvent des pieds pour y aller. Ou alors, nous nous sentons un peu « lourds », lourds des autres, de leurs histoires. Nous portons de plus en plus de choses dans notre coeur, notre tête, ou notre corps.

Ce sont des signes que notre vase se vide. 

 

Puis, le vase est vide.

Un jour ce n’est plus si facile, nous n’avons plus d’élasticité, plus d’envie, plus d’élan. Une sorte d’usure qui empêche la relation, l’authenticité, qui tarit l’envie.

Je me souviens d’une après-midi festive à l’accueil de jour, où je m’étais planquée dans la cuisine dans un rôle de service, à savoir faire les crêpes, car je n’avais pas l’énergie de la rencontre, de la fête, de gérer untel et unetelle. Mes réserves étaient alors bien vides. 

 


Certains se reconnaîtront peut-être, d’autres pas du tout ! 

 

“Rha non, ma coupe ne s’est jamais vidée ! je suis riche comme au premier jour !”

Si c’est ton cas, j’ai vraiment envie de dire tant mieux ! Profite ! 

Autre option :

“Oh oui ma coupe est vide, ou est en train de se vider, je m’en rends bien compte mais je ne sais pas quoi faire. “

 

Alors la suite est faite pour toi !

 

Voici quelques moyens de remplir ta coupe quand elle se vide ou prendre soin de ne pas la tarir dès le début de ton engagement ! 

 

Avoir un rituel avant et après 

… ta permanence, ta maraude ou au début et à la fin de ta journée 

Avant :

  • Comment je me sens aujourd’hui ? Dans quelle disposition je suis ?
  • Est-ce que je suis en mode tout terrain ou est-ce que je dois me préserver ?
  • Quelle est mon intention pour cette journée ?

Après :

  • Comment ça s’est passé pour moi ?
  • Qui ai-je rencontré ?
  • Y-a-t-il quelque chose qui me pèse ? Oui-Non ? Avec qui pourrai-je en parler ?
  • Qu’est-ce que j’ai envie de retenir de cette maraude ou cette journée ? Qu’est-ce que j’ai appris ?

 

Cela peut se faire dans ta tête ou à l’écrit, ce qui te permettra de profiter pleinement de l’adage “Il y a des yeux dans les crayons.” et alors, de voir et de comprendre des éléments qui n’étaient pas encore venues à ta conscience !

 

Te constituer un réseau 

… de personnes avec qui parler librement de ce que tu vis dans ton engagement

  • Un.e des ami.e.s qui comprennent ton engagement. Chez qui tu recevras une écoute attentive, et pas seulement une liste d’injonction “Prends du recul”, “Arrête de culpabiliser.” ou “ne le prends pas pour toi.”
    -> si tu vois ce que je veux dire ! 
  • Un mentor, parrain ou marraine qui a vécu ce que tu vis, et qui pourra te guider.
    “Des anciens ! Ceux qui savent, savent !”
  • des personnes de ton équipe ou qui vivent le même engagement que toi.

(Pour ces deux derniers, on parle bien de personnes à qui tu n’auras pas besoin de tout réexpliquer. “Quoi ?! Le mec était saoul et violent, et tu es resté à son écoute ? Comment ça tu ne lui as pas dit tout de suite d’aller se faire voir ?!”)

  • un professionnel de l’écoute – thérapeute, coach, superviseur – qui pourra t’aider à relire des situations, voire même à comprendre tes réactions et si besoin, à réparer les parties de toi touchées par des mots, des maux ou des situations.
  • participer aux groupes de paroles proposés au sein de la structure ou aux formations.
    Le nombre de fois où des personnes arrivent aux groupes de relecture en disant “Je n’ai rien à partager. Je me demande un peu pourquoi je suis venu.e” et quittent le groupe en se félicitant d’avoir pris ce temps car les échanges et la prise de recul leur a fait du bien et sont toujours des moments enrichissants (=qui remplissent le vase !).

Il y a certaines associations dans lesquelles c’est clairement une habitude, après la distribution ou la permanence, toutes les personnes présentes vont boire un coup et parle de ce qui les rassemble ou de milliers d’autres choses. Cela permet de passer à autre chose avec une transition, de débriefer, d’échanger des nouvelles des uns et des autres, de faire un sas entre l’engagement et la maison, etc.

En tout cas, quand je dis réseau, cela peut être toutes ces personnes en même temps ! 

Comme le dit le proverbe africain “Il faut tout un village pour élever un enfant.” Et je pense qu’il faut également tout un village pour soutenir les personnes engagées sur le terrain de l’exclusion. Et plus on y passe de temps, plus le village doit être grand !!

 

Gardons toujours en tête que rien n’est anodin dans ce que nous vivons dans les actions de solidarité et auprès des personnes les plus exclues, donc plus on en parle mieux on se porte !

 

  • Accepter de recevoir 

des personnes rencontrées ou accompagnées, les cadeaux qu’elles te font : les sourires, les petits objets, les attentions, les soupirs ou les silences. Voire même de les écrire et les collectionner dans une boîte pour y retourner et se ressourcer dans les moments de doute. 

 

Tu peux aussi accepter les signes de reconnaissance, les encouragements des personnes présentes sur ton chemin. Au lieu de dire avec sincérité et modestie :

“C’est normal de faire ce que je fais. De toutes façons, je ne saurais pas quoi faire d’autres, et que j’y trouve d’ailleurs un immense plaisir donc c’est bien la preuve que je n’ai aucun mérite.” 

Et bien si !! Je te le dis moi ! 

“C’est génial ce que tu fais. De prendre de 1h à 40h pour aller vers ceux qui sont loin de tout. C’est courageux. Beau. Peu commun et encore moins normal, même si pour toi ça coule de source. Ta démarche te fait vivre des choses extraordinaires et te demande un sacré cran ! Alors BRAVO ! et MERCI”

 

  • Ecouter tes émotions

Ecouter ton langage à l’intérieur est un des meilleurs moyens de prendre soin de toi et des autres ensuite ! Pourquoi ? Parce que les sentiments et émotions sont des manifestations qui nous portent un message !

Le message est le suivant : “Tes besoins fondamentaux – sens, reconnaissance, créativité, soin, sécurité, inspiration, connexion, appartenance, etc. (il en existe + de 50 !) – ne sont pas équilibrés.” 

L’émotion est le signe qu’une mise en mouvement est à opérer pour rétablir l’équilibre et revenir au point neutre ou même aller vers la joie, le bien-être et la sérénité (oui oui c’est possible !)

Voici un secret:
Il y a une clé à cet endroit, ce qui remplit notre vase (entre autres), c’est de vivre la joie.

 

Pas forcément la joie éclatante ! mais bien la joie – petite ou grande – du lien, de la connexion, de l’utilité, du progrès, du plaisir, de l’instant, de l’appartenance, du soutien, de la sécurité, de l’amour, de l’amitié, …

Et tout ce qui se met en barrière de ces petites joies ou moments de sérénité mérite d’être regardé, parlé, écrit, partagé, pour pourvoir faire ou être autrement.

La joie remplit notre vase.

 

Alors cultiver ces petites et grandes joies dans l’engagement,
faire vivre ces liens qui nous font avancer,
prendre le temps de regarder le chemin,

nous ressourcent et nous remplissent, (ce n’est pas de la perte de temps)

afin de pouvoir remplir encore et encore celui des autres !

Et toi ? 

As-tu des habitudes pour prendre soin de toi ? 

Comment remplis-tu ton vase pour redevenir riche de ton authenticité et de ce que tu as à donner aux personnes rencontrées ?

Quelles sont les petites et grandes joies que tu vis et que tu peux cultiver pour remplir ton vase ?

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