Blog,  Posture

Faire face aux imprévus des émotions

Une nouvelle fois, cette année, j’accompagne des bénévoles qui organisent la mise à l’abri de personnes sans domicile à Paris.

Il y a quelques jours, j’ai eu un bénévole responsable au téléphone afin de préparer une intervention que je vais faire auprès de son équipe pour lancer la « saison ».

Au cours de notre discussion, nous nous présentons, nous échangeons, nous partageons sur les besoins des bénévoles qu’il identifie par rapport aux expériences précédentes.

 

– “Les bénévoles ont besoin de savoir comment gérer les imprévus…

Images dans ma tête : la soupe froide, la personne accueillie qui n’est pas au rendez-vous, le bénévole malade à la dernière minute, la personne accueillie qui a besoin de voir un médecin, etc.
Ma voix off : « Je n’en sais rien de comment on gère les imprévus moi ! »

– … ceux des émotions. Ils ne savent pas comment faire quand une personne pleure ou crie.”

 

Premier effet kisscool : D’un coup, je me suis sentie rassurée sur mon utilité.
Deuxième effet kisscool : J’ai mesuré l’ampleur de la question ! La partie immergée de l’iceberg et la partie submergée !
J’ai vu une équipe qui accueille des personnes fragilisées par la vie, prête à masteriser la logistique, et destabilisée par la rencontre de l’autre et ce qui le traverse.
Troisième effet kisscool : J’ai réalisé que j’avais 45 minutes pour faire une intervention sur l’accueil des émotions des personnes à la rue…

Ma voix off : “Okkkaaayyyy ! ça fait partie du job mais c’est un sacré défi !” 

 

Voici quelques lignes sur ce que cette scène m’a inspiré. Quelle chance, vous découvrirez en résumé et avant eux ce que je prépare pour cette équipe ! 

Les imprévus des émotions…

 

Comme vous l’avez compris, je voyais des questions logistiques auxquelles je n’aurais jamais su comment répondre ! Non !

En effet, il s’agissait d’autres imprévus… de l’être humain, des émotions, de l’autre, de soi. 

En vrai, quand on n’a pas réfléchi à la question, qu’est ce que nous savons des émotions ? A part qu’elles mettent le bazar dans notre vie intérieure et celle des personnes que nous accompagnons ?

En réalité, vous allez voir que les émotions sont bien des imprévus !

 

Imprévues certes, et surtout édifiantes !

Décryptons cela ensemble :

 

*instantanée. Elles surviennent immédiatement à la vue d’un stimulus.
**incontrôlable. Elles favorisent la mise en action, elles sont proportionnelles à l’ampleur de ce que représente le stimulus pour la personne
***imprécise. L’intelligence émotionnelle prend le pas sur l’intelligence rationnelle. Nous pouvons être amenée à faire des gestes ou avoir des paroles inadaptées dans le contexte.
****involontaire. Elles ne peuvent pas être réfléchies ou pensées, elles sont une réaction à un événement, un vision, une situation…

 

Elles sont ce qu’elles sont…

Il faut dire qu’aujourd’hui, alors que nous n’avons plus besoin de protéger notre caverne des attaquants, nos petits sans défenses des rôdeurs sauvages, les fruits de notre chasse des maraudeurs, les émotions peuvent être embarrassantes ou nous paraître démesurées… 

Toujours est-il qu’elles sont ce qu’elles sont, à la mesure de ce qu’on vit, et qu’elles disent quelque chose de nous !

Joie, colère, tristesse, peur, dégoût, surprise…

Elles parlent de nos sentiments et surtout si on tire encore plus le fil elles parlent de nos besoins fondamentaux, de ces trésors particuliers à chacun qui servent notre dignité. Ces trésors qui nous tiennent debout et qui sont parfois bien cachés : le besoin de  reconnaissance, de considération, de sécurité, de fidélité, de clarté, de plaisir, de repos, de réconfort, etc. etc. 

 

Alors ?! comment fait-on face aux imprévus de l’émotion ?

 

Et bien, nous pouvons

– l’accueillir,
– la prendre comme elle est, comme elle vient,
– l’écouter,
– la comprendre,
– poser un geste doux, amical, tendre, fraternel,
– reformuler,
– prêter des mots,
– la prendre comme une vérité de l’autre,
– faire de notre mieux !

 

En aucun cas, cherchons à

– la diminuer,
– la repousser,
– mettre un couvercle dessus,
– interpréter,
– tenter de la faire disparaître ou de distraire,
– la juger,
– conseiller de faire autrement la prochaine fois…

 

Enfin, comme chacun d’entre nous, face à une émotion, il m’arrive de…

– pleurer,
– avoir peur,
– ne pas comprendre,
– ne pas savoir quoi dire ou quoi faire,
– être impressionnée,
– me demander si elle a bien lieu d’être et de me souvenir que oui elle a bien sa place à ce moment là dans la vie de la personne qui est face à moi,
– ressentir la souffrance de l’autre dans ma chair,
– souffrir l’injustice qui m’est montrée,
– dire que je comprends, que je vois que ce que la personne vit est fort, alors que je n’ai pas tout saisi,
– dire que j’accueille et vois l’émotion sans avoir besoin de savoir ce qui en a été la cause,
– avoir mal d’avoir été l’auteure de la blessure,
– avoir honte de réveiller la blessure, …

 

Il n’y a pas de formule magique, d’outils ou de recette.

 

Tout compte fait, après avoir accueilli une émotion qu’elle soit colère, peur ou tristesse, j’ai deux certitudes qui me viennent…

La première est « j’aurais toujours pu mieux faire ! » 

« Me taire ou parler plus,
regarder dans les yeux ou baisser le regard,
toucher ou ne pas toucher,
dire ça au lieu de ça,
serrer dans mes bras ou garder la distance,
mettre les mains sur mes flancs ou devant. »

La seconde est « je fais toujours de mon mieux pour accueillir l’Autre dans ce qu’il est au plus profond. »

« Je suis certaine que la personne le sent et c’est ce qui compte pour elle et pour moi. »

 

C’est en combinant ces quelques ingrédients – L’instant présent. L’accueil. La relation. L’intuition. La confiance – que nous nous en sortirons le mieux !

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.