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“Le contact en lui-même, en humain”

ou l’éloge de la gratuité dans la relation

 

« On est content que quelqu’un qui vient… pour le contact en lui-même, en humain. »

 

Ces mots sont ceux de Kamel rencontré dans une MAS dans laquelle avec deux collègues, nous animons un groupe de paroles sur le handicap “comment je vis (avec) mon handicap”.

 

Au fur et à mesure des séances avec Kamel, nous avons des échanges sur le handicap et sur son handicap. Finalement pour lui, nos échanges tournent beaucoup autour de …

Comment dans le regard des autres, je crois lire, ce que, moi-même, je vois de moi…

 

Voilà un extrait de ce que m’a dit Kamel lors d’une rencontre. 

– Les gens dans la rue, ils ne m’aiment pas, ils me jugent. Ils me regardent de travers.

– Et toi, Kamel ? comment te regardes-tu ? 

– silence

– T’aimes-tu ?

– long silence
Comment je peux faire pour m’aimer ?

 

Cette discussion, c’était du haut vol de l’existentiel,

… de l’amour qu’il se porte ou qu’il ne se porte pas d’ailleurs, de ce que Kamel projette de son propre regard sur son handicap dans le regard des autres, …


Au cours de ce groupe de paroles, un autre enjeu pour les participants s’invite, celui de la relation. Pas n’importe quelle relation, celle avec les personnes de l’autre monde, du monde du dehors. Le monde de dehors mais qui est en fait celui qui du “dedans”, des « in », des inclus, du monde des « sans » différences – des « sans » fragilités, du monde des “avec” normalité.

 

Kamel résume sa vie de résident en Maison d’Accueil Spécialisée, comme cela…

“On a quelqu’un qui s’occupe de nous… 24h sur 24, 7 jours sur 7. Il faut aller ailleurs pour savoir ce que ta structure t’apporte. Ici, c’est du bien-être (dans le corps) et de l’hygiène.”

Notre discussion prend une autre tournure dans les phrases qui suivent… 

“Nous on aimerait bien avoir de la compagnie. Le personnel, ils ne vivent pas avec nous. On est content que quelqu’un qui vient… pour le contact en lui-même, en humain.”

Plus tard, Fatoumata nous le dit de manière vindicative, ça appartient à son histoire : 

“Le personnel ? Ils viennent gagner leur argent et ils s’en vont le soir.” 

Puis Kamel nous dit 

“Vous, vous m’apportez du bonheur. Vous me respectez et je vous respecte.”

 

Ce que nous entendons dans les mots de Kamel et ceux de Fatoumata, c’est le besoin de gratuité dans la relation. Le besoin de contacts avec des personnes qui viendraient pour eux-elles. Non pas faire des activités, ni prodiguer des soins… Non. Des personnes qui viendraient comme ça, pour dire bonjour, parce qu’ils sont là. Des voisins, des bénévoles, des passants. Parce qu’ils existent. Ces personnes repartiraient puis reviendraient au gré des jours et des événements, comme dans la vie. Comme dans la vie des autres.

 

La présence de ces personnes qui viendraient leur rendre visite leur dirait…

 

Vous existez.

 

Vous existez pour le monde. Regardez j’en suis un(e) représentant(e).
Vous existez. Je peux vous regarder dans les yeux.
Vous existez et je peux vous connaître au delà de votre apparence physique.
Vous existez et je n’ai pas besoin d’être payée pour venir vous voir.
Vous êtes des humains, comme moi, comme ceux du dehors.


Voilà ce qu’entendraient les résidents de cette MAS, Fatoumata, Kamel et leurs voisins, si des personnes de l’extérieur venaient leur rendre visite. 

Voilà ce que nous disons aux personnes quand nous mettons la relation au coeur de notre posture, avant même l’accompagnement.

 

Etre à l’autre dans une posture de gratuité :
sans projets – dans l’instant présent – sans jugement –
en étant physiquement et mentalement présent et pas ailleurs.

 

C’est ça le contact en lui-même, en humain.

Ce contact là n’a pas de prix !

… et fait tenir debout !

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