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L’inconditionnalité … ça me parle !

HHHAAAAAAA !!! L’inconditionnalité de l’accueil, de l’accompagnement… 

LA FA-MEU-SE !!

Cette posture d’accueil à laquelle nous tenons tant !

C’est une intention qui pourrait être affichée au dessus de la porte de nos lieux d’accueil.

L’accueil inconditionnel est une évidence sur le papier, mais en pratique, il l’est beaucoup moins.

 

L’inconditionnalité induit que nous accueillons l’autre, notre interlocuteur, sans porter de jugement sur ce qu’il est, sur ce qu’il dit, sur ce qu’il fait, et donc, que nous sommes en relation avec lui, dans la bienveillance et l’empathie.

 

Dans le social, l’inconditionnalité se définit par le fait d’aller vers / d’accueillir toute personne ! Quels que soient son passé, son présent, son futur, son état physique ou mental. 

 

Si l’inconditionnalité est une posture d’accueil, elle a sa réciproque dans la possibilité pour les personnes accueillies d’entrer et de fréquenter quelques lieux sans être mises à la porte à cause de leur comportement et/ ou de leur apparence physique ou même psychique.

 

J’allais dire : évidemment (!), je tiens à l’inconditionnalité !!

 

Mais j’ai réalisé encore aujourd’hui, à mes dépens mais surtout à ceux de la personne que j’ai reçue en entretien, que l’inconditionnalité… ce n’est pas si simple… 

Parce que oui j’y tiens ! mais la mise en oeuvre…


Accueillir et écouter une personne de manière inconditionnelle quand je la rencontre pour la première fois, c‘est ok pour moi. J’y arrive. Je l’écoute. Je la regarde. J’accueille ce qu’elle me dit, ses mots, les situations qu’elle me raconte. Des idées me traversent l’esprit mais je suis toute à ce qu’elle me dit. J’apprends à la connaître. Je me laisse aller à sa découverte…

Easy ride !

Puis nous nous quittons. Au mieux, mon feeling est bon, l’affaire est classée sans suite ! Au pire, je ressens une gêne, et alors le niveau sonore de mes pensées augmente… Dans mon esprit, je reprends à chaud notre entretien. Mes pensées déroulent ce qui vient de se passer, reprennent, analysent, interprètent… Je me fais un avis sur la personne, sur ce qu’elle m’a partagé, sur notre relation, sur ses besoins, sur mes besoins… J’interprète ses demandes, je lis entre les mots des besoins qu’elle n’a pas exprimés mais j’y crois. Naturellement et sans le vouloir vraiment, je les enregistre et les range pour la prochaine rencontre.

Et ça ! c’est dans le meilleur des cas ! Quand je suis restée seule avec mes pensées ! 

 

« Ca » étant notre passé et les instants que nous avons déjà vécus.

 

Si toutefois entre temps, j’ai croisé un collègue, un bénévole, un partenaire ou j’ai eu une réunion d’équipe, et que durant cet échange, nous avons parlé ensemble de cette personne, en y allant (le plus souvent) bon train ! Alors… quand je revois la personne concernée, j’ai “tout ça” en tête, dans mon sac à dos, et « ça » se ballade entre nous, une partie invisible à notre relation qui finalement quand j’y pense, n’a rien à faire là… 

J’écoute cette personne, mais sans le faire exprès, je lui colle « ça » – comme un post-it sur le front – mes pensées, mes analyses (le plus souvent hautement psychologiques ^^). 

« Ca » étant notre passé et les instants que nous avons déjà vécus. Mes émotions et ce que j’ai ressenti à ses côtés, qui au passage n’appartiennent qu’à moi. Ce que les autres m’ont rapporté de leur expérience, qui pourtant n’appartiennent qu’à eux.

Je ne suis plus dans l’accueil inconditionnel, puisque j’ai un avis, un avis sur tout !

 

Il y a bien une antidote à “ça”.

 

Dans mon école de coaching, j’ai découvert une technique qui me permet de lutter contre cette fâcheuse tendance à vouloir tout comprendre, voire tout analyser, et donc sans le vouloir vraiment à coller des étiquettes, tout en le faisant quand même…

 

Ma technique et je l’ai volée à plein de monde ;), c’est de…

 

tadatatadatadatatadata

Roulement de tambour 

tadatatadatadatatadata

 

être dans l’instant présent

 

encore !!!

 

Pas dans hier, pas dans les yeux des autres, pas dans mes émotions passées…

 

ICI ET MAINTENANT

 

  • accepter dans mon esprit les pensées
  • et ne pas les garder 
  • être à l’écoute de l’autre pleinement
  • accueillir sa vérité 
  • être sûre qu’il/elle fait de son mieux avec ce qu’il/elle est et son environnement, au moment où il/elle me parle
  • ne pas chercher à tout comprendre sauf si cela sert le travail en cours et auquel cas questionner la personne (pas mes collègues !)

 

Comme souvent dans la relation d’aide, c’est plus facile à dire qu’à faire !

Mais comme souvent aussi l’effort vaut de l’or !

 

Mes pensées, mes émotions, je les accueille mais je ne les arrête pas comme des vérités absolues.

 

C’est un effort en trois étapes :

1- Avant une rencontre, ou un entretien, je prends le temps de souffler. De regarder à l’intérieur de moi comment je suis. Comment je vais. J’identifie mes émotions. J’identifie comment je me sens. J’imprime tout cela pour moi-même.

2- Au cours de l’entretien, quand je suis à l’écoute, je me concentre sur cette écoute. Sur les mots et leurs sens pour la personne. Je laisse aussi aller mes pensées qui jugent – parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement – mais je ne les retiens pas, encore moins comme des vérités absolues. Ce que je retiens c’est ce qui se passe pour la personne. Les émotions et les sensations qui me traversent et me disent des choses de moi et de l’autre.

3- Enfin, après, je souffle de nouveau. Je scanne mon intérieur pour vérifier mes émotions, mes sensations. Si il le faut, je reprends mes notes. Je garde ce qui m’intéresse, pas pour m’en faire un avis, mais pour l’utiliser pour la personne rencontrée, à son service. Au service de sa croissance.

 

Et surtout ! A chaque fois, pour chaque rencontre, j’ai en tête, qu’accueillir de manière inconditionnelle n’est pas une évidence. Cela peut fonctionner pour deux personnes, puis sans savoir pourquoi pas pour la troisième*. Etre dans l’inconditionnalité de l’accueil est un véritable effort. Enfin, comme toutes les disciplines je dois l’appliquer avec rigueur et lâcher prise.

 

Ce n’est pas facile d’accueillir inconditionnellement. 

C’est exigeant d’être dans l’instant présent

et pas dans le projet personnel ou le programme de soins. Mais le temps faisant,

je vois bien que c’est ce qui marche !

 

 

*ceci dit, quand cela ne marche pas, ce sont des informations intéressantes sur ce qui se passe dans la relation. Cela pourra faire l’objet d’un prochain article !

 

Photo de Joshua Ness – Unsplash

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