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Prendre soin de soi pour prendre soin des autres

Aujourd’hui, j’ose !

J’enfonce une porte ouverte ! 

Personnellement, quand j’écoute quelqu’un qui enfonce une porte ouverte, je ressens une sorte de lassitude, un abandon, je jette l’éponge intérieurement. 

Et c’est là que ma voix-off intervient : 

“ Allez ça ne vaut pas le coup ! Alllleezzzz làààà ! On la connaît ton histoire !”

Mais, parfois au fond de moi je sais que cette personne a raison. Viennent alors m’envahir d’autres pensées intérieures… 

“ Blablabla et si on avait fini d’enfoncer des portes ouvertes nous serions déjà passés à autre chose. Merci.
Bon… Il faut bien admettre que… Ce n’est pas bête ce qu’elle dit. Ah… tiens… je n’avais pas vu ça comme ça.”

Donc, malgré vos réticences, j’enfonce quand même cette porte ouverte !
Pour vous, rien que pour vous 🙂 sur un sujet vu et revu ! retourné dans tous les sens !

 

Prendre soin de soi pour prendre soin des autres.

“et biiiim” 😉

Si ça ce n’est pas une porte ouverte !!

C’est peut être… une porte qu’on croit ouverte mais qui ne l’est pas tant que ça !

« La relou ! »

 

Vous savez quand on comprend l’idée, qu’on devine qu’il y a quelque chose de plus grand, mais qu’on ne le saisit pas encore.

Il me semble que cette attitude relève bien d’un chemin intérieur. Pour ma part, j’ai eu, au cours de mon parcours, différents rapports à ce « prendre soin de moi, pour prendre soin des autres. »

 

J’y ai d’abord vu une injonction moralisatrice qui m’empêcherait d’aller au bout des choses…

J + 2 mois. Attitude n°1 : SUPER WOMAN ! 

“Prendre soin de soi… Bien sûr que je prends soin de moi ! J’ai un monde à sauver moi ! Une planète, des gens, des pauvres, des moins pauvres, des hommes et des femmes ! Avec mon diplôme, je suis suffisamment armée pour gérer des projets, sortir des gens de la rue, accueillir l’autre, gérer des bénévoles ET des travailleurs sociaux. Et puis je commence à avoir de l’expérience après 2 mois.”

 

Ensuite, cela me parlait peut être un peu plus mais je ne comprenais pas où je pouvais intégrer çA dans ma vie.

J+ 1 an. Attitude n°2  WONDER WOMAN ! –

“Prendre soin de soi pour prendre soin des autres ? Mmmmh ils sont bien gentils mais je le mets où “le prendre soin de moi” là ?! Pas le temps pour ça. Prendre soin des autres, ça me parle. Facile ! Je vais vers eux / on discute / j’écoute / on s’active / on part en séjours / on fait des crêpes pour la chandeleur et une chasse aux oeufs pour Pâques. Oui prendre soin des autres ça c’est bon ! Case cochée ! Prendre soin de moi… Je vois pas bien où ça pourrait se caser… J’ai 10 minutes entre la réunion truc et le projet truc. Oui ! C’est bien ça ! J’irai voir Pierre pour le truc. Parfait ! Ok. Discuter avec Pierre c’est comme une pause, en plus on va bien rire.”

 

Puis, carrément, je l’ai dénié.

J + 3 ans. Attitude n°3 : HYPER WOMAN 

En arrivant au boulot :

“Ah non. Akim, je ne veux pas le voir, je n’ai de toute façon pas le temps de lui parler.” 

La voix off de ma voix off : “Et hop, évité ! Gaaaagnéééé !” « Oh pétard ! Planqueeeez vous il y a Catherine !” “Catherine, avec elle c’est toujours la même chose. Je vais lui dire que je pars en réunion.” 

– « Encore une réunion, vous dites Catherine?
– Bah oui, c’est ça le travail. Allez bonne journée !” 

Installée à mon bureau, je prends ma feuille de to-do list : – Faire planning bénévole- planning salarié- contacter agence interim remplacement agent d’accueil – prépa réunion accompagnement – appeler SIAO Situation JP – etc. etc. etc. 

C’est alors que le téléphone sonne
– “Anne-Paule, viens à l’accueil. Il y a JP qui veut te voir.
– J’arriiive !!” Ton faussement enjoué.

“En fait, j’en ai marre, je n’ai le temps de rien. Je m’assois, je me lève. J’écoute, je parle. Je parle, j’écoute. Je ne suis nulle part et partout. Tiens, en parlant de nulle…
Et puis, vraiment JP là, il me saoule il n’y a pas que lui sur terre. Je vais lui dire d’ailleurs ! Tiens oui c’est bon ça : JP, tu me saoules- tu te plains tu te plains et tu te plains et bah t’es pas le seul à être dans ta situation.”

– “Bonjour JP. Oui ça va très bien et toi ? Oui pas de problème j’ai 5 minutes on peut discuter. J’ai même jusqu’à la fermeture si tu veux.”

 

Sans commentaires.

J + 5 ans. Attitude n°4 : DOWN WOMAN

Le matin au réveil “En fait là ça ne va pas être possible. Je ne vais pas y aller là. Je ne vais pas y arriver.” 

Et puis j’y vais, je me lève, j’arrive au boulot. Je salue chacun. Je discute avec l’un ou l’autre, mais à l’intérieur je n’y suis pas. Quand on me parle… je décroche en deux secondes de la conversation.

“Ah… Vous n’avez plus de logement? … ah oui … Ok… Bon bah c’est bien… Euh non pardon. Je voulais dire euh… vous allez en parler avec un bénévole. Oui euh… je dois partir.” 

Je vais m’asseoir à mon bureau. Ma to-do list me crie de la prendre en main point par point. Mes yeux lisent la feuille, mes pensées m’assassinent et mon esprit est ailleurs… parti… il a décroché.

D’ailleurs, vous l’avez remarqué ? Ma voix off est en sourdine. Elle ne la ramène plus. Elle a décroché avec le reste.

Et figurez-vous que ce n’est pas encore à ce moment là que j’ai compris !! C’est encore plus tard… Alors que tous les jours, je me sentais au pied du mur, dans le fond de l’impasse, avant l’ascension de l’Everest, au creux de la vague… Et en fait, les quatre en même temps.

Je vous parle d’une conversion.

C’est alors qu’un jour, au cours d’un entretien avec une coach professionnel (que j’avais eu grâce à mon employeur, car j’avais de véritables difficultés), j’ai compris. Et pourtant Dieu sait que je l’avais entendu des milliers de fois, que j’avais usé des chaises de formations sur les thèmes du savoir dire non, s’écouter, connaître ses signes d’alerte.

 « Pour prendre soin des autres,
il faut prendre soin de vous, Anne-Paule.
Sinon vous allez vous vider,
sans jamais pouvoir vous remplir. »

Et c’est là. Précisément là. Que j’ai compris. 

J’ai compris qu’il y avait la théorie, le sens des mots, mais qu’il y avait la pratique. L’intégration. La mise en oeuvre.

J’ai compris que je ne pouvais pas toujours me vider de mon énergie pour les autres.

J’ai compris qu’il fallait que je me remplisse moi-même toute seule comme une grande, alors que j’attendais cela des autres. 

J’ai compris qu’en fait c’est de ma responsabilité de remplir mon réservoir. 

« Après tout, à qui cela viendrait à l’idée de faire le plein d’essence de la voiture d’à côté ? »

Mais attention! Ne vous y méprenez pas! J’ai mis autant de temps à prendre des petites habitudes de prendre soin que j’ai mis de temps à m’oublier.

 

Il s’agit d’efforts quotidiens,
mais de tous petits efforts au début.

  • Mettre une gommette sur une feuille pour me féliciter d’avoir fini une tâche. 
  • Décorer un peu mon bureau. 
  • Le ranger… (Oh-Myyyy-Gooood!!). 
  • Mettre mon alarme pour prendre une pause toutes les 30 minutes quand j’ai un gros travail à faire.
  • Et la prendre.
  • Arriver 5 minutes plus tôt pour prendre le temps de m’installer.
  • Souffler un bon coup avant une réunion.
  • M’enfermer dans les toilettes. Fermer les yeux. Et respirer un grand coup.
  • Partir 5 minutes plus tôt. 
  • M’acheter un magazine.
  • Savoir quitter une personne quand je ne suis plus à l’écoute. 
  • Et puis aussi me dire des mots doux.

    “C’est bien Anne-Paule, ce que tu lui as dit c’était juste.” “Bravo cette réunion tu l’as bien animée.” “Merci de prendre soin de toi, tu vois ce n’est pas du temps perdu.”

     

Il y a 10 ans, je l’ai entendu,
6 ans je l’ai appris, 2 ans je l’ai compris,
6 mois je l’ai intégré… 

J’ai mis 10 ans
– 10 ANS !!!
– non mais 10 ANS !!!
… à comprendre que si je n’étais pas dans la capacité de prendre soin de moi, de mon petit coeur, de mon petit corps, de mes pensées, de ma petite (ou grande ?!) âme… Et bien je ne pourrai JAMAIS (oui je pèse mes mots) JA-MAIS prendre soin des autres à la mesure de leurs besoins, de leurs attentes, de mes ambitions pour le monde, pour les hommes et les femmes que je rencontre, pour mes rêves.

Ce n’est pas la morale de l’histoire… C’est juste une façon d’ouvrir un peu plus la porte… parce qu’il y a beaucoup de sujets sur lesquels on pense que les portes sont grande ouvertes, mais elles ne le sont pas tant que ça !

Prendre soin de soi pour prendre soin des autres…

Il y a 10 ans, je l’ai entendu, 6 ans je l’ai appris, 2 ans je l’ai compris, 6 mois je l’ai intégré… 

Et je sais que ce n’est pas une porte ouverte. Souvent elle se ferme même sans que je m’en rende compte. C’est une porte à ouvrir tous les jours un peu plus.

Et puis si vous ne savez pas comment on fait pour prendre soin de soi… Osez demander autour de vous comment les autres font. Au pire, cela débouchera sur une longue conversation… avec en prime le sens de la vie, douche ou bain, légumes bio, tout ça tout ça.
Au mieux, ils vous donneront des idées !

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