Prendre soin grâce à la relation
Blog,  Oser la relation

« Prendre soin » grâce à la relation

Dans la communauté d’Osons la relation, il y a quelque chose qui nous relie les uns avec les autres, c’est une façon de prendre soin :

 

“Prendre soin” grâce à la relation. 

 

La relation est une source de blessures, de douleurs, d’émotions désagréables, alors que la même relation – pas forcément avec les mêmes personnes – répare, transforme, écoute, panse. Comme le dit si bien, Nicolas un ami,

“Les blessures viennent dans la relation, elles se guérissent dans la relation”.

 

Si, nous sommes dans nos engagements solidaires, de soin, d’animation, d’enseignement, c’est parce que nous savons / sentons / vivons ce puissant pouvoir de la relation.

 

Qui se souvient

du prof qui lui a fait aimer ou détester l’histoire, ou des professeurs de musique, de sport qui ont changé sa vie ?
de la blessure infligée par tel enfant ou adulte dans un lointain passé ?
de l’ami.e confident.e à qui l’on pouvait  tout dire ?
de la joie du sentiment amoureux et de la douleur quand il se rompt ?
de la crainte de nouvelles rencontres une veille de rentrée ? et de la tristesse des séparations au mois de juin ?
de relations constructives, saines, qui font du bien, et au contraire de celles dans lesquelles on a mis du temps à trouver sa place, les nocives ou les malmenantes ?

On ne peut ignorer l’impact des relations et des personnes sur la personne que nous sommes.

 

“Les blessures viennent dans la relation, elles se guérissent dans la relation”.

 

Construire des relations saines, et avoir l’ambition secrète qu’elles soient réparatrices !

 

Notre point commun autour d’Osons la relation est de rencontrer, créer du lien, travailler avec, aller vers des personnes isolées ou exclues, ou d’autres qui ont besoin du lien pour vivre, grandir ou se soigner.

Ce qui nous rassemble autour d’Osons la relation, c’est de construire des relations qui

* font du bien, génèrent du bon, restaurent ou réparent,
* redonnent confiance en soi, en l’Autre, dans le monde,
* (re)connectent au monde, aux Autres et à sa vie intérieure,
* (re)gonflent l’amour de soi et l’estime de soi.

 

Et pourtant nos univers d’action ne favorisent pas ces relations

La violence des liens, de la précarité, de l’exclusion, du non-accueil, de l’exil, de la (non) prise en charge …
La violence des institutions, de la course au chiffre, de la déshumanisation, de la rentabilité, de l’injustice…
La violence des écrans derrière lesquels tout se joue sans pouvoir y toucher,
La violence des personnes entre elles, des regards posés, des mots durs, des discriminations, des préjugés, du racisme…

 

Perdre le sens …

 

“Je ne sais pas à quoi riment ces activités de créations de liens.”

 

me confiait avant l’été une animatrice dans un accueil de jour.

– A quoi bon ?

– Oui c’est vrai à quoi bon ?

 

A quoi bon ?

… Reconnaître la présence de l’Autre à notre petite échelle quand la machine organisée de l’Etat fait disparaître les plus pauvres, les vulnérables et les exilés à petit et grand feu aux yeux du monde ?

… Prendre soin quand les blessures sont tellement ancrées, chevillées au corps et au coeur, qu’elles nous paraissent irréversibles ?

… Réparer quand les éclats sont si vifs que la relation ne peut être vécue autrement que dans la douleur !

… Tenir le lien coûte que coûte même quand les stratégies d’ignorance des personnes sont visibles à l’oeil nu ?

… Aller vers quand on ne saura pas quoi vivre dans cette relation à construire ?

… Créer des moments de rencontre, de joies, ou de retrouvailles pendant 2h quand les 166 autres heures de la semaine des personnes rencontrées et accompagnées sont faites de violence, d’humiliation et d’exclusion ?

… Sourire encore quand la réponse est une attaque.

… Créer du lien, quand on a peur de l’attachement, d’apprivoiser et de se sentir responsable de cette relation ?

… Etre bienveillant.e quand au sein même de l’établissement les règles sont floues et l’impunité règne en maître ?

 

… et y croire encore

 

Dans mon expérience auprès des personnes de la rue, et dans beaucoup d’autres endroits d’accompagnement d’ailleurs, je vis, sens, comprends, apprends, verbalise que la relation et le lien – quand ils sont donnés dans l’inconditionnalité et la gratuité – sont sources d’apaisement et de joie.

 

Oui, la relation est un espace vivant, un lieu de réparation, de paix, d’existence, de reconnaissance, et de vie.

 

Oui ça vaut TOUJOURS le coup de …

 

  • reconnaître la présence de l’Autre quel que soit l’environnement,
  • prendre soin des blessures,
  • Réparer les éclats coupés à vifs !
  • Tenir le lien coûte que coûte…
  • Aller vers et s’apprivoiser,
  • Créer des moments de rencontre, de joies, ou de retrouvailles même courts,
  • Sourire encore et tendre la main,
  • Etre bienveillant.e …

 

ça vaut le coup, parce que …

 

… ça redonne de la vie, de la confiance,

… exister dans les yeux de quelqu’un ou de plusieurs autres remet ou tient debout,

… un lieu dans un quotidien violent où la gentillesse, l’amitié et la gratuité existent pour de vrai permet d’y croire encore.

 

Il n’y a pas de meilleure réponse à la blessure que de l’amour ou de l’amitié donnés sincèrement.

 

ça vaut le coup !

 

… de créer des espaces en 3D quand l’intégration se joue en 1D sur les écrans d’ordi face à une administration verrouillée,

… parce qu’il n’y a pas de petite reconnaissance,

… parce que se sentir exister au moins quelque part et pour quelqu’un fait circuler la vie.

 

C’est dans la relation que l’on se blesse et c’est dans la relation que l’on se soigne… 

 

donc ce n’est pas vain,

d’accueillir encore et encore, de vivre des moments d’amitié et de générer de la joie.

 

Ce n’est pas vain de faire du bien par le lien, car ses liens remplissent les réservoirs de chacune des personnes que nous rencontrons et de qui nous prenons soin. Le lien augmente l’amour de soi, la confiance en soi et l’estime de soi.

Les liens créent des petits chemins de reconnaissance, les petits chemins deviendront des sentiers, des routes, puis des autoroutes…

Ce n’est pas rien de se sentir exister dans le regard de quelqu’un quand le reste du monde nous tourne le dos !

En effet, la relation est une nourriture pour chacun d’entre nous, nous en avons besoin pour vivre et survivre. Certains en ont moins besoin que d’autres, c’est vrai. Et pourtant cela nous concerne tous, c’est grâce à l’autre, à son regard posé sur nous et à la relation tissée, que l’on se sent vivant, on se questionne et on avance. La réciproque est vraie… C’est grâce au lien créé avec les personnes soignées, accueillies, accompagnées, qu’elles se sentent vivantes, se questionnent et continuent d’avancer.

 

Alors oui, prendre soin en “créant des relations qui font du bien”, c’est le fil que nous avons envie de tirer pour les personnes que nous rencontrons.

 

Dans les mois à venir, il y aura milles occasions de découragements, 

milles raisons d’hurler l’injustice et de vouloir tout arrêter ! Milles doutes ! Milles moments où nous nous dirons “A quoi bon ?” !

 

Alors, j’ai envie de te partager une phrase qui est une inspiration quotidienne depuis mon travail auprès de personnes sans domicile et encore maintenant. Cette phrase est de Robert Louis Stevenson :

 

“Ne juge pas la journée en fonction de ta récolte du soir mais d’après les graines que tu as semées.”

 

 

Alors cette année, plus que les autres encore et moins que les années suivantes :

 

Semons

des tables accueillantes, du café et des sourires, des parties de jeux de société, des tricots, des fêtes, des séjours et des partages, …

Semons … 

des moments de bienveillance, de tendresse, des sourires, des émotions et des occasions de vivre la joie !

Semons…

du lien, de la relation, de l’écoute, de l’accueil, de l’inconditionnalité, de la gratuité, de l’amitié, de l’amour !

 

 

Ne lésinons pas sur les occasions de prendre soin en vivant la joie d’être ensemble, 

 

car, c’est à ces moments là que l’on s’accroche,

nous les accompagnateurs quand nous doutons,

ET, elles et eux, toutes les personnes rencontrées, accueillies, accompagnées, soignées dans l’adversité de leur quotidien.

 

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