Blog,  Oser la relation

Te revoir

Te revoir

dans la rue, ton lieu, ta vie,

contempler ton bitume, ton sac à dos, ta « maison »
Te revoir et regarder ton visage amaigri, tes dents tombées, tes yeux noirs et profonds, rieurs et vifs
Ton air malicieux qui m’a toujours fait craquer.

Chienne d’exclusion qui fait passer le temps au burin.

Te revoir et que tu m’observes de la même façon,

tu me fais remarquer mes cheveux blancs
mes traits de maman fatiguée
« Hey dis donc, ils ne t’épargnent pas tes enfants. »
et mes boutons d’acné dont je n’arrive pas à me débarrasser

« T’avais pas tout ça avant. »

Effet miroir

Il n’y a pas que sur toi que la vie passe en laissant des traces.
Les tiennes tracées au burin

Les miennes au crayon fin.

Te revoir et rire,

Vouloir te serrer dans mes bras comme un vieux frère,
Rêver de passer mon bras par dessus ton épaule
et qu’on s’embarque tous les deux dans nos récits de vie
Surtout le tien parce que c’est Toi qui m’intéresse.

 

Te revoir et me souvenir des jours avec et des jours sans,

Les tiens, les miens.
me souvenir de ton clin d’oeil discret une fois où je me prenais la tête avec un autre homme de la rue.
Voir ton regard soutenant, depuis ton coin favori, m’avait conforté dans le fait que j’étais au bon endroit avec cet homme qui dépassait la limite.
Sentir de nouveau l’odeur du café moyen servi à l’accueil,
voir la vapeur qui s’évapore devant ton visage
ajoutant un décor à ton mystère.

Ecouter ta voix me mener en bateau,

Là où tu as envie de m’emmener,
mais surtout pas là où j’avais le désir non dissimulé que tu ailles :
désintox / post cure / foyer.
Un chemin tracé où la solitude est paraît-il pire qu’à la rue.
Me souvenir que c’est toi qui pilote
avec à la barre Addictions et Méandres.
Et, quand tu me parles de toi,
revivre cette image intérieure d’un escalier spirale sans limites
Qui descend je ne sais où,
En course folle.

Ecouter ta voix me mener en bateau,

Accepter et aimer ces échanges avec toi

Loin du monde,
Dans ton monde,
où personne n’a de place sauf ton fils.
Image d’épinal flouttée par l’absence et crantée par la douleur.

Te revoir et me souvenir de ta lettre écrite en prison,

dans laquelle tu t’excusais platement d’avoir disparu d’un coup,
Un matin t’es là, un soir t’es plus là.
Me revoir ouvrir ta lettre, la serrer contre mon coeur,
prendre mon stylo et te dire
– impuissante –
combien j’étais là sans pouvoir l’être.
Accompagnatrice en filigrane, dans une vie de rue bien trop réelle.

Puis bien plus tard,

Te revoir sur le parvis de Saint Lazare

Minutes croisées dans nos vies opposées
rejointes par l’amitié et un quotidien passé
Croiser ta seconde et ta route dans Paris ville lumière,
mégalopole sans limites,
Hasard d’errance et de chemin.

Te revoir et ressentir la joie

de te connaître, et qu’on se soit un jour « apprivoisé »,
comme l’aurait dit le Petit Prince.

Grand Prince que tu es, hautement digne dans l’enfer.

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